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21 oct. 2021 Flavie Coquelin 3 minutes

Le deuil, qu'est-il vraiment ?

Nous avons tous beaucoup de difficultés à nous confronter au sentiment de perte. Qu’il s’agisse d’un changement professionnel, d’une rupture amoureuse ou, plus douloureux encore, du décès d’un être cher, d’un membre de notre famille.

Faire son deuil

Nous sommes toutes et tous des êtres sensibles et se retrouver privé de la présence d’un proche nous affecte profondément. Cela peut se manifester par une rupture, un deuil périnatal, voire un deuil animalier. On dit communément que le temps apaise la douleur. Cependant, chacun appréhende de faire face au deuil. Cette période est vécue de manière différente, de ce fait sa durée est variable. Certaines sociétés sont aussi plus ou moins attachées à ces moments de repli sur soi avec des étapes de deuil spécifiques. Qu’en est-il vraiment du deuil et comment se manifeste-t-il ? Quel est le poids de la tradition, de la religion ? Comment faire face au deuil et être aidé pour éviter de conserver des plaies qui peuvent rester béantes ? Revenons sur les étapes du deuil pour expliquer le processus de ce traumatisme que tout un chacun va traverser dans son existence.

La rupture, une préparation à l’absence prolongée !

Notre vie amoureuse est parfois parsemée d’échecs, de transitions, de départs. Pour certains, un déménagement représente une perte insurmontable car on perd ses repères, son cadre familier, les relations auxquelles on a pu s’attacher. Pour d’autres, une mutation professionnelle va devenir une épreuve dans laquelle ils vont combattre, avec beaucoup de difficultés. Dans tous les cas, il s’agit de se reconstruire sur des bases qui se sont effondrées. On parle beaucoup de résilience, à savoir cette capacité à pouvoir rebondir rapidement, mais ce n’est pas l’apanage de tous les caractères. C’est particulièrement le cas pour les émotions que nous ressentons lors d’une rupture amoureuse. Chacune et chacun la vit différemment en fonction des sentiments que l’on éprouve à l’égard de l’autre. On a tendance à penser que dans ces circonstances, il y en a un qui est plus touché que l’autre. On pense, souvent à tort, que nous sommes les seuls à ressentir ce sentiment de vide, de profond désespoir qui peut parfois conduire à des dépressions, voire à commettre des gestes inconsidérés. Toutes ces émotions terriblement cruelles et douloureuses nous bouleversent. À terme, la douleur et le chagrin s’estompent. Leur prise de conscience nous permet de mieux la supporter. Une dilution du manque va s’opérer et vous allez pouvoir retrouver dynamisme et vitalité. Ce sont ces deux moteurs qui permettent de se projeter au-delà de la perte inéluctable pour continuer à vivre sans l’autre mais avec toujours présente au plus profond de nous, sa mémoire.

Les étapes du deuil

Nous réagissons à peu près toutes et tous de la même façon lorsque nous sommes frappés par le décès d’un être cher. Les circonstances de sa mort, qu’elles soient brutales, inattendues ou encore prévisibles dans le cas de longues maladies, peuvent modifier notre façon de vivre ce moment. Faire face au deuil de manière rationnelle est complexe. Néanmoins, la psychologie a permis de mettre en évidence des étapes incontournables qui jalonnent ce parcours d’acceptation. On parle pour ce processus du deuil du modèle de Kübler-Ross, du nom de la psychiatre qui l’a identifié. Si les étapes du deuil sont souvent semblables, elles peuvent être déclenchées à divers moments, de manière erratique, en fonction de l’état de la personne endeuillée, de sa fragilité ou de son parcours de vie.

On distingue :

  1. Le moment de choc qui correspond à l'annonce du décès. Même s’il était imminent, cette réalité provoque un traumatisme, une sorte de bouleversement émotionnel très profond. On dit souvent que l’on est submergé par cette douleur.

  2. La phase du déni intervient alors pour s’opposer à cette déflagration. C’est véritablement un mécanisme de défense, et, en tant que tel, il ne dure pas. La préparation des obsèques, la veillée du corps et tous ces aspects très matériels mettent rapidement fin à ce moment.

  3. Le sentiment de colère intervient en réaction. Celle-ci est parfois dirigée contre un ennemi intangible, contre la famille ou encore contre l’institution. Elle peut également se tourner contre soi-même. Cette colère se développe sur le terreau d’un sentiment d’injustice et seule la raison va l’annihiler. Cette étape du deuil est moins présente dans le cas de longues maladies pour lesquelles l’issue semble inéluctable à court terme.

  4. Une phase de dépression peut alors suivre l’apaisement de la colère. Elle se manifeste par une perte de tonus et une distanciation par rapport au monde.

  5. La résignation se manifeste ensuite, plus ou moins rapidement. Certains endeuillés peuvent rester dans une dépression prolongée. Ces étapes du deuil sont évidemment emplies de souffrance et de chagrin. C’est généralement une période de profonde passivité durant laquelle il est très difficile de s’engager dans des projets.

  6. L'acceptation qui représente la solution la plus rationnelle, vient apporter le réconfort. L’endeuillé et sa famille, car tous ses membres sont émotionnellement affectés par le chagrin et le retrait de la vie en commun, sont plus sereins. La phase ultime de reconstruction peut alors s’engager. La vie reprend un cours plus normal. Si le chagrin est toujours intérieur, le travail du deuil est accompli.

Comment le deuil se manifeste-t-il en société ?

Chaque société envisage la perte d’un être cher de manière différente. À une certaine époque, en Europe et en France, les veuves devaient porter le deuil pendant au moins un an. Si le noir, couleur en vigueur pour revêtir l’habit de deuil, est venu d’Italie, il est adopté au 17ème siècle alors que le blanc prévalait auparavant. Dans d’autres pays, il s’agit du violet. Certaines veuves, particulièrement endeuillées ou encore laissées sans ressources, prenaient le voile en se retirant dans un couvent. Il faut dire que la condition de la femme laissait peu de place à l’indépendance et à la possibilité de se construire une existence en dehors de l’institution du mariage.

En Inde, la loi était encore plus rigoureuse et les veuves devaient se jeter dans le brasier funéraire de leur époux défunt. Heureusement, faire face au deuil a changé et sa perception du deuil a évolué. On peut aujourd’hui décemment envisager une période de deuil de quelques mois. Pour ce qui est de personnalités, des cérémonies très protocolaires sont organisées avec des drapeaux mis en berne et des hommages au défunt vibrants. Des journées de deuil national et des moments de recueillement sont prévus pour rappeler la mémoire du défunt. Ces cérémonies d'hommage, quelle que soit la condition sociale du défunt, sont toujours préparées avec soin. Elle peuvent différer en fonction de son attachement au défunt et à son propre chagrin. Certaines obsèques sont uniquement civiles et on compte de plus en plus de crémations par rapport à l’inhumation. Celles-ci vont atteindre 50 % des choix des personnes défuntes d’ici 2030. En revanche, de nouvelles sources de chagrin sont à présent prises en compte. Il s’agit entre autres :

  • Du deuil périnatal : c’est une douleur que la femme porte très intimement et qui correspond à la perte d’un enfant mort né ou encore à la suite d’une fausse couche. Ces situations étaient encore considérées comme honteuses il y a peu, ce qui fait que les femmes n’osaient pas aborder ce sujet. La libération de la parole est pourtant le meilleur antidote pour surmonter ce sentiment de perte inscrit au plus profond de soi ;

  • Du deuil animalier : il s’agit d’une prise de conscience sociétale assez récente. Les personnes qui vivent de plus en plus seules parfois, s’attachent à des animaux familiers. Leur décès est évidemment vécu comme un deuil à plus d’un titre. Le maître endeuillé va également connaître le processus de deuil avant de pouvoir dans le meilleur des cas, s’engager avec un nouveau compagnon.

Le deuil est en définitive un processus, qui comporte des étapes de deuil et qui nous atteint fortement , pendant parfois très longtemps. Chacun vit sa propre expérience de ce manque. Ce qui est sûr, c’est que la pise de conscience, la libération de la parole et le soutien de sa famille, de ses proches constituent un baume pour apaiser le chagrin.

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